Luc Svetchine, architecte de l’épure

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Il signe la création ou la rénovation de remarquables villas sur la Côte d’Azur mais aussi en Angleterre, en Russie, au Japon ou encore au Liban. On lui doit encore la très prochaine extension du Grand Hôtel du Cap Ferrat ou la réhabilitation du Château Saint-Martin. Diplômé de l’Ecole d’Architecture de Versailles et de Marseille, sculpteur de l’espace et de la lumière, Luc Svetchine a bien voulu nous donner sa vision du concept In Out.

Propos recueillis par Muriel Gauthier.

M.G. Quel regard portez-vous sur l’architecture d’aujourd’hui, notamment sur la Côte d’Azur ?

L.S. Le paysage de la bande côtière est un foisonnement de constructions denses et hétérogènes et il est difficile de s’affranchir de certains désordres existants qui sont autant de contraintes pour la création architecturale.

C’est pourtant par l’amélioration du cadre architectural que la Côte d’Azur pourra gommer ces désordres et cette démarche est plus active et prospective que simplement protectionniste et conservatrice.

Pourtant le style néo-provençal est toujours choisi comme une solution de facilité. Les élus restent frileux, dans un domaine où les initiatives et les innovations sont jugées dérangeantes. Dans d’autres domaines comme la photo, le cinéma, le théâtre ou la publicité, les images du modernisme s’imposent, mais pas dans l’architecture, surtout pour les maisons individuelles. Les architectes des Bâtiments de France sont favorables aux projets contemporains mais cette ouverture est encore assez peu perçue.

Dans tous les cas l’architecture se crée en osmose ou en harmonie avec le site, urbanisé ou pas. Il s’agit d’une démarche contextualiste qui « prend le pouls » du milieu dans lequel on intervient. Le tout contemporain se cultive naturellement dans un contexte libéré de contraintes historiques trop présentes ou de références stylistiques trop marquées dans l’environnement.

Outre la création architecturale, nécessairement contemporaine, l’architecte doit donc savoir aussi intervenir dans le cadre d’une restauration, une rénovation ou une extension tout en respectant et en cultivant une règle du jeu stylistique donnée.

M.G. Qu’elles sont pour vous, les références architecturales illustrant avec éloquence le concept dedans/dehors ?

L.S. Je pense évidemment aux toitures en terrasse des médinas, aux escaliers intégrés à l’architecture des villages grecs, aux patios andalous, aux arcades des places italiennes, aux tonnelles, loggias et pergolas provençales, aux moucharabiehs orientaux.

M.G. Le plain-pied est un élément important de la « fluidité » entre intérieur et extérieur, comment aimez-vous le traiter ?

L.S. Tout d’abord l’architecture se doit de tenir compte de la topographie du site et l’on peut parler ici d’une politesse que l’on doit aux accidents du site. Par exemple un paysage de restanques, véritable patrimoine, implique quasiment une architecture en restanques. Pour le plain-pied, l’exercice consiste à gommer les frontières, en choisissant par exemple la continuité des matériaux, l’unité de niveaux… La construction peut se prolonger par des auvents qui débordent généreusement ou, pour les maisons plus classiques, par des baies vitrées dissimulables ou escamotables, par l’emploi du même revêtement de sol à l’intérieur et à l’extérieur, par la suppression des seuils chaque fois que cela est possible.

Les matières et les couleurs peuvent aider à abolir les barrières lorsqu’on les fait dialoguer entre intérieur et extérieur. Il s’agit en fait de trouver le juste équilibre entre besoin d’ouverture sur l’extérieur et respect de l’intimité. Une référence à ce propos reste la maison en verre de Philipp Johnson (1) aux Etats-Unis ou, plus loin encore, les maisons de nature de Richard Neutra.

M.G. La conception paysagère, l’intégration au site sont des éléments essentiels à l’harmonie architecturale. Voyez-vous d’autres éléments importants pour mener à bien un projet d’architecture dedans/dehors ?

L.S. L’architecture ne peut pas se désintéresser du paysage. L’architecte doit veiller à tout ce qui gravite autour du projet, que ce soit le jardin, le mobilier ou l’éclairage… L’architecture est la discipline la plus facile à dénaturer. Le concept In Out doit bien sûr tenir compte des matières. Les volumes les plus exposés au regard ne doivent pas êtres pauvres en matières. J’aime employer le béton, la pierre, les enduits naturels, le verre, l’acier. La lumière a bien sûr une grande importance et le la travaille comme une matière. Là encore, il s’agit de trouver un savant dosage. La lumière doit venir lécher les parois, se réfléchir, rebondir de surface en surface, être suggérée par nappe ou par des touches ponctuelles et surtout ne pas être source d’inconfort. J’accorde également une grande importance à la création d’une ambiance nocturne qui est une belle façon de continuer à faire vivre une maison une fois la nuit tombée. Et là encore, un seul éblouissement peut détruire l’harmonie. Pour les couleurs, j’essaie d’aller le plus loin possible avec une palette neutre, afin d’apporter au dernier moment la couleur forte qui fait la mouvance et l’évolution des ambiances.

M.G. Vous êtes président du jury des Piscines d’Or. Les piscines font partie d’une intégration réussie au site. Quelles sont les règles en la matière et les « tendances » actuelles ?

L.S. N’importe quel plan d’eau doit composer avec la construction. Et si aujourd’hui la piscine s’est largement démocratisée et n’est plus un pur objet de représentation d’une certaine catégorie sociale, elle prend des formes moins exubérantes. Le minimalisme et les couleurs très sombres des revêtements qui donnent une belle clarté à l’eau sont dans l’air du temps. Je travaille actuellement à la réalisation d’un ouvrage qui sortira fin 2006 aux Editions Ledoux (2) et qui démontre comment la piscine peut s’adapter aux particularités des paysages des provinces françaises. La piscine peut aussi devenir lieu de recherche esthétique. Nous travaillons avec Yann Kersalé (3) à un projet de vidéo qui projette sur le bassin les mouvements de l’eau, de vagues à contre jour ou encore de bulles de champagnes.

(1) A lire, Philip Johnson : la maison de verre, de David Whitney, Jeffrey Kipnis, Philip Johnson, collection Documents d’architecture, Gallimard.
(2) La France des Piscines.
(3) Yann Kersalé, plasticien, Lumière matière.

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